Ma marche sur le GR Tour du lac d’Annecy en vidéo

Durant l’été 2018, j’ai décidé d’aller parcourir, pendant quelques jours, le GR Tour du lac d’Annecy. Ayant déjà quelques marches à mon actif, notamment sur l’un des chemins de Compostelle, je me suis dit que c’était à ma portée.

Alors j’ai pris ma caméra et mon micro avec moi, et j’ai filmé mon expérience.
Les vidéos de voyage, les documentaires de voyage m’intéressent depuis longtemps, et j’ai voulu me prêter à l’exercice, à ma manière. Voici donc la vidéo résultat, à mi-chemin entre le documentaire et le carnet de bord :

J’ai beaucoup aimé le faire, et je souhaite renouveler l’expérience dès que possible.
Bon visionnage !

Ce que le Chemin de Compostelle m’a apporté

Quasiment cinq mois après être arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port, je me rends un peu mieux compte de ce que le Chemin de Compostelle a changé pour moi.
Certes, je ne suis partie qu’un petit mois, et un petit mois dans une vie ce n’est rien. Et pourtant… Je sens que beaucoup de changements se sont opérés en moi, dont certains dont je n’ai peut-être pas encore pris conscience.

Dans mon précédent article à propos de mon expérience sur le Chemin, je racontais pourquoi je suis partie, et en substance ce que j’ai vécu et traversé. Ici, je vais essayer de synthétiser ce que le Chemin m’a apporté, et quelles ont été ses répercussions sur ma vie.

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Ma confiance en moi a augmenté

Je n’avais pas une estime de moi au plus bas avant de partir sur le Chemin, loin de là. J’étais bien dans ma vie et dans mes pompes (j’ai beaucoup travaillé dessus pour en arriver là, car je pars de loin), et j’avais foi en l’avenir. Mais cette marche d’un mois, seule, a fait passer ma confiance en moi au niveau au-dessus.

Ne serait-ce que pour mes capacités physiques. Bien qu’étant sportive, je n’avais jamais fait de longue randonnée de plusieurs jours, qui plus est avec un gros sac. Plusieurs fois pendant le Chemin, surtout au début, j’ai cru que je n’arriverais pas à tenir les 750 km qui séparaient Le-Puy-en-Velay de Saint-Jean-Pied-de-Port. La suite a prouvé le contraire. Je pense que nous avons tous bien plus de force en nous que ce que nous imaginons – physique et mentale. Nous pouvons puiser dans des ressources formidables pour nous surpasser, et nous pouvons pousser chaque jour un peu plus loin.

Je savais que j’avais beaucoup de ressources en moi, ayant pas mal voyagé à travers le monde et ayant été confrontée à des situations plus ou moins difficiles, mais sur le Chemin, je me suis rendue compte que je pouvais être encore plus débrouillarde que ce que je pensais. Ça a été à la fois surprenant et très plaisant à expérimenter.

De même, ces moments à marcher seule ont amené pas mal de réflexions sur ma vie et sur ma façon d’être par rapport au monde. Je ne sais pas trop comment cette magie a opéré, mais j’ai pris encore plus confiance en qui j’étais, en ce que je désirais et ce que je revendiquais, et j’ai compris beaucoup de choses sur moi. Je me suis sentie forte, puissante, et j’ai su que ni rien ni personne ne pourrait m’enlever ça.

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J’ai découvert le plaisir de voyager seule

Comme je l’écrivais précédemment, j’ai pas mal voyagé à travers le monde (vous pouvez le voir notamment grâce à mes photos), mais avant le Chemin je n’avais jamais voyagé seule.
Comme le disent tous les voyageurs en solo, en fait nous ne sommes jamais vraiment seuls. Nous faisons tout un tas de rencontres, et moi-même j’ai fait de jolies rencontres sur le Chemin. Parfois des rencontres éphémères, mais aussi des rencontres qui se sont prolongées en-dehors du Chemin : j’ai revu plusieurs pèlerins, dont certains plusieurs fois, et j’ai même prévu d’en revoir d’autres encore et d’organiser des voyages et des excursions avec eux.

Mais j’ai découvert que le fait de voyager seule donne une immense liberté – et cette liberté est accentuée par le fait que pour me déplacer, je n’étais dépendante que de mon corps. Je trouve que marcher est une des choses les plus merveilleuses pour se sentir libre. Tout me semblait possible : je pouvais aller où je voulais, m’arrêter quand je le voulais, aller au rythme que je souhaitais.
J’admire beaucoup les marcheurs chevronnés qui parcourent le monde entier à pied. Peut-être qu’un jour je franchirai le cap, moi aussi. J’endosserai mon sac, j’enfilerai mes chaussures et je fermerai la porte de chez moi. C’est une idée qui me « trotte » derrière la tête.

La solitude n’est cependant pas toujours plaisante – il ne s’agit pas de tout idéaliser ici –, et elle peut parfois être dure. Même si la Via Podiensis en été est loin d’être déserte, il y a tout de même eu des moments où j’étais seule au milieu de nulle part (et c’est là que je me suis pleinement rendue compte qu’il y a des endroits désertiques en France). C’est une sensation à la fois grisante et désagréable.
La solitude peut être une épreuve, mais je pense qu’elle est une épreuve des plus intéressantes, même si elle est inconfortable. Elle nous incite à nous confronter à nous-même pour de bon, et à puiser en nous les ressources que j’évoquais plus haut dans l’article.
Les blessures et les démons du passé peuvent remonter d’un coup, mais les guérisons et les miracles peuvent survenir aussi – il suffit de recevoir et d’accepter ce qui arrive, car j’ai l’intime conviction que tout arrive pour une raison et qu’il n’y a pas de hasard.

La solitude offre des choses que nous ne pouvons pas connaître si nous partons à plusieurs. Je ne dis pas que les voyages à plusieurs ne me conviennent pas – j’ai adoré la grande majorité d’entre eux –, mais le fait de partir seul oblige à une plus grande ouverture d’esprit et de cœur.

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J’ai redécouvert la France

Je connais un certain nombre de personnes qui ont parcouru beaucoup d’endroits du monde, mais qui connaissent très mal leur propre pays.
Je n’irais pas jusqu’à dire que je connais mal la France – j’ai exploré pas mal de ses régions –, mais le fait de marcher sur le Chemin m’a fait découvrir mon pays autrement. Je savais déjà que la France jouit d’une richesse hallucinante de paysages ; le savoir intellectuellement est une chose, mais le découvrir concrètement en est une autre.

Je suis passée par des villages et des endroits que je n’aurais jamais pu découvrir en voiture ou en train. Je me suis bien plus imprégnée de la nature et de ce qui m’entourait que si je m’étais déplacée à toute vitesse.
La lenteur de la marche permet de se confronter à un autre rapport au temps et à l’espace. À une époque toute en rapidité et en excès, je trouve que c’est une très bonne chose.

La France est un pays au patrimoine et à la nature très riches, et je me sens chanceuse d’y vivre. Elle n’a rien à envier aux autres endroits du globe. C’est plaisant de regarder son « chez soi » d’un autre œil, d’un œil neuf.

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Des envies de partir…

Connaissez-vous cette langueur, cette envie de partir et de tout laisser derrière vous, qui de temps en temps se rappelle à vous, et vous titille ?
Moi, oui. Et ce encore plus souvent depuis que je suis partie sur le Chemin.

J’ai l’impression que cette langueur a toujours fait partie de moi. Petite, déjà, je rêvais de partir à l’assaut de l’inconnu, de me diriger vers le soleil couchant, de crapahuter dans les montagnes et de grimper dans le premier train ou le premier avion qui m’emmènerait loin. Cette envie ne me quitte jamais, et après chaque voyage elle se renouvelle.

Alors, je ne souhaite plus être dans l’extrême et partir dans un trip à la Into The Wild, en partant très loin sur un coup de tête et en laissant tout derrière moi (famille, amis, maison, biens divers et variés) sans jamais me retourner. C’était un fantasme d’adolescente, qui illustrait plus mon mal-être qu’autre chose.
J’adore ma vie actuelle, sur tous les plans. Je n’ai pas envie de tout abandonner. Je sais que je suis mon chemin de vie et que je suis en congruence avec mon âme ; je n’éprouve pas le besoin de partir sans me retourner.

Par contre, l’idée de parcourir le monde seule avec mon sac à dos, telle une backpacker occidentale comme on en voit fleurir sur les routes, me tente de plus en plus.

J’ai aussi de plus en plus envie d’aller à la rencontre des gens et de les interroger. De partir avec une caméra et un micro, et de réaliser des petits films documentaires. Sans me la jouer reporter pour National Geographic (quoique si j’avais eu plusieurs vies en même temps, j’aurais sans doute essayé de percer dans cette voie), c’est quelque chose que j’aimerais bien entreprendre un jour.

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J’ai toujours admiré les grands voyageurs, et j’admire encore plus ceux qui savent revenir. Parce que parfois ce n’est pas simple, mais je crois que c’est indispensable si l’on ne souhaite pas que le voyage se transforme en fuite.

Un jour, je traverserai les frontières à pied. Je me sens capable de le faire, et sans doute que quand je sentirai que c’est le moment, je le ferai.

Il suffit de faire le premier pas. Le reste, ce n’est que de la marche.

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Sur le Chemin de Compostelle…

Cet été, j’ai marché sur l’un des chemins de Compostelle, pendant vingt-huit jours, du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Difficile de relater une telle expérience ; pourtant, je vais essayer de le faire, le plus humblement et le plus justement possible.

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Déjà : pourquoi ai-je décidé de partir marcher, seule qui plus est, sur le GR 65 (ou la Via Podiensis) ?
La plupart de mes proches étaient surpris par ma démarche, mais ils m’ont fortement encouragée à le faire.
La plupart des gens que j’ai croisés sur le chemin étaient étonnés de me voir, moi, une p’tite jeune de vingt-cinq ans, seule sur les sentiers, avec mon gros sac et mes bâtons de randonnée. Mais le premier étonnement passé, la bienveillance et le partage prenaient vite le relais.
Alors, pourquoi ai-je décidé de passer mon été à marcher, seule ?

En fait, il n’y a pas vraiment de raison. Intuitivement, j’ai senti que c’était ce qu’il fallait faire.
Bon, j’ai toujours aimé marcher, j’ai toujours aimé la randonnée. Et ce, depuis toute petite. J’aimais crapahuter partout. Je pouvais me raconter des histoires et partir sur Planète Coline sans que personne ne me dérange. La marche est même une institution pour beaucoup de membres de ma famille.
Donc ce n’était pas si surprenant que ça pour moi de marcher pendant plusieurs semaines.

Ça faisait également un bout de temps que j’envisageais de voyager seule. Je ne l’avais encore jamais fait. Bien que ce soit super de partir avec des proches, l’expérience en solo n’est pas la même et est autrement plus enrichissante.
Pour ce qui est du chemin de Compostelle, je ne peux que conseiller de partir seul/e. Quand on est seul, on est souvent plus ouvert aux autres, plus ouvert au hasard, plus ouvert à l’aventure. On est obligé de faire face à soi-même. Je pense que c’est ça qui peut faire peur (se retrouver seul avec soi-même, brrr !), mais c’est justement en ça qu’il s’agit d’une expérience particulièrement riche.

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Sur le Chemin, j’en suis revenue aux basiques de la vie. Je marchais, je mangeais, je me lavais, je lavais mes vêtements, je dormais. En gros.
Il y a quelque chose de très apaisant là-dedans, d’autant plus que ça détonne pas mal par rapport à notre style de vie d’Occidentaux modernes – et qui plus est, des citadins comme moi. Le fait d’être en mouvement, d’aller d’un point à un autre, de savoir à peu près comment vont être composées les journées, et en même temps goûter à cette liberté immense du marcheur – c’est-à-dire m’arrêter où je veux, aller au rythme que je souhaite, et ne devoir rien à personne –, me donnait la sensation que tout était possible, tout en me vidant la tête et en me remplissant le cœur.

La marche, c’est l’éloge de la lenteur.
Nous qui avons pris l’habitude de nous déplacer en voiture, en train, en avion (etc), nous ne nous rendons plus vraiment compte des distances. Trente kilomètres en voiture, c’est l’affaire d’une poignée de minutes. Trente kilomètres à pied, c’est en moyenne sept ou huit heures de marche.
Au sein d’une époque où tout s’accélère et où l’on a accès à beaucoup (trop) de choses très rapidement, voire de manière quasi-instantanée, je pense qu’il est bon de retourner vers la lenteur et la contemplation, et à réapprendre à vivre avec, à s’habituer à ce que les choses n’arrivent pas tout de suite, au fait que l’on n’arrive pas rapidement à destination. C’est une façon de s’apprivoiser.

Durant la marche, le corps s’exprime aussi, et j’ai appris à l’écouter encore plus attentivement que d’habitude. Je suis sportive, je suis jeune, en bonne santé, et j’ai une bonne condition physique, mais mon corps a beaucoup protesté, surtout les premiers jours. Il faut dire qu’il est assez rare que je marche vingt-cinq à trente-cinq kilomètres par jour avec plus de dix kilos sur le dos (d’ailleurs, dix kilos, pour mon poids actuel, c’est trop).
Je n’ai pas eu de grosses blessures physiques, je n’ai eu qu’une seule ampoule, et je ne me suis vautrée bien comme il faut sur la caillasse qu’une seule fois – j’aurais d’ailleurs pu me faire très mal avec le poids du sac ; j’ai eu de la chance. C’est juste ma dignité qui en a pris un petit coup mais je m’en suis vite remise (surtout que personne ne m’a vue, à part peut-être quelques oiseaux et des épis de maïs).

Certains jours, mon corps a protesté – surtout au début – et il m’est arrivé plusieurs fois de penser que je n’irai jamais au bout. Des douleurs aux pieds, dans le bas du dos… J’ai pu me faire de sacrés films (à base d’entorses, de micro-fractures et de cancer du pied – non là pour le dernier je plaisante), mais quand je marche, mon moteur de l’imagination a tendance à carburer.
Dans ces cas-là, on est obligé de faire avec les douleurs. De les écouter, de s’occuper d’elles. De prendre un jour de repos s’il le faut, même s’il peut y avoir un aspect frustrant dans ce choix. La santé avant tout ! C’est le corps qui décide et qui sait ce qui est bon pour soi.

Et ensuite, au bout de dix-douze jours de marche, un « déclic corporel » s’opère… C’est difficile à expliquer. On m’avait dit que ça se passerait comme ça : après un certain temps, en général au bout d’une dizaine de jours, le corps SAIT véritablement marcher.
Je l’ai senti. Comme si tout se mettait en place, que la mécanique était désormais bien huilée, et que ça y était, c’était parti pour de bon. Et à compter de ce moment : plus aucune blessure, plus aucune courbature, plus rien. Je pouvais m’avaler vingt kilomètres sans m’arrêter et sans m’en apercevoir.
Je savais marcher. Si j’avais pu, j’aurais continué jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Physiquement, j’en étais tout à fait capable. Puisque c’était parti.

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Sur le Chemin, j’ai pas mal pleuré. Je ne suis pourtant pas partie avec des choses lourdes sur le cœur – contrairement à certaines personnes que j’ai rencontrées – mais il arrivait parfois que des émotions remontent à la surface et éclatent. La marche, le fait d’être seul avec soi-même, amène sans doute ça. Ça ne m’a pas déstabilisée parce que j’y suis habituée. Je ne cherchais pas spécialement la raison de ces pleurs, je les laissais simplement venir.
À quoi bon retenir ses larmes ? Pleurer nettoie l’organisme. Si on garde ses émotions bloquées en soi, et qu’on accumule tout, pendant longtemps, on en tombe malade, j’en suis persuadée. Mieux vaut tout évacuer, quitte à être un peu trop bruyant ou à redevenir un petit enfant, quelques instants…
J’ai pleuré quand mon corps protestait et m’empêchait d’avancer à ma vitesse habituelle, j’ai pleuré pour aucune raison apparente dans une église, j’ai pleuré quand je suis arrivée dans les Pyrénées et que ça signifiait la fin du voyage, j’ai pleuré devant la beauté des paysages, j’ai pleuré quand j’ai dû quitter mes amis du Chemin.

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Les rencontres… Évidemment un aspect important du Chemin de Compostelle.
Les rencontres se font bien plus facilement quand on part seul, je pense. Pour ma part, je les ai vécues très naturellement. Je ne saurais pas trop dire ce qui m’a attirée vers certaines personnes. Une intuition, un concours de circonstances. Certains diront que c’était quelque chose de prédestiné – et j’aime le croire. J’aime croire à la rencontre d’âmes, et j’aime croire à l’idée que des âmes qui se sont connues dans des vies antérieures puissent se retrouver dans d’autres vies. Il y a des personnes qu’on vient juste de rencontrer et qu’on a l’impression de connaître depuis toujours. C’est inexplicable, mais c’est incroyablement émouvant – voire déstabilisant. J’ai vécu ça plusieurs fois dans ma vie, et à chaque fois j’ai l’impression d’avoir une chance inouïe.

J’ai vécu certaines rencontres du Chemin de cette manière. Une impression tenace de connaître la personne depuis toujours, alors que nous venions à peine de nous rencontrer. Dans cette configuration, avec ces ressentis si intenses, c’est encore plus déchirant de devoir se séparer. Il y a des séparations que j’ai mieux vécues que d’autres.
Pour certaines, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps – mais j’ai continué à marcher.

Sur les chemins de Compostelle, on m’avait prévenue, on fait des rencontres extraordinaires. Parce qu’il y a un état d’esprit particulier, parce qu’on a tous plus ou moins le même but, les mêmes motivations : suivre un chemin. Les différences socio-culturelles sont quasiment gommées : nous sommes tous habillés en pèlerins, nous faisons à peu près les mêmes choses (en gros, nous marchons), nous transportons tous notre maison sur notre dos, nous en sommes réduits à une certaine humilité. Il y a une bienveillance ambiante, une sympathie générale, un soutien mutuel. Ça ne colle pas avec tout le monde, mais il n’y a pas d’hostilité ou de jugement de la part des autres – du moins, je ne l’ai pas ressenti comme ça.

Certaines de ces rencontres que j’ai faites… Je ne pouvais pas m’y attendre. D’ailleurs mieux vaut ne s’attendre à rien. C’est là qu’on peut pleinement se laisser surprendre par la vie, qui est toujours bien plus créative que nous. Et on peut se surprendre soi-même.
Il y a des personnes que j’aimerais retrouver, « rencontrer » de nouveau, en-dehors du Chemin. Qu’est-ce que ces rencontres donneront, alors que la vie quotidienne aura repris le dessus ? L’alchimie, la magie opéreront-elles toujours, ou bien se seront-elles estompées ? J’aime croire que certaines rencontres résistent au temps, aux lieux et aux contextes – il suffit d’écouter son cœur pour le savoir… Je pense.
Encore une fois, la vie est bien plus créative que nous, et, qui sait – nos chemins peuvent se croiser à nouveau.

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J’ai l’impression d’oublier plein de choses. Mais si je continue dans ma lancée, ce ne sera plus un article de blog, mais un roman que j’écrirai.
Est-ce que je conseillerais de marcher sur l’un des chemins de Compostelle, au moins une fois dans sa vie ? Oui.
Est-ce que j’irai jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle ? Définitivement oui.
À quel moment, je ne sais pas. Je partirai quand je sentirai qu’il est temps de partir. Sans planifier quoi que ce soit.

Le retour de ce Chemin est particulier, et je sais que chacun le vit différemment.
Pour ma part, je suis partie sans questions. Sur le Chemin, j’ai quand même eu des réponses. Et je suis revenue avec des questions. Des questions qui n’auront pas forcément de réponses dans l’immédiat, mais rien ne presse. Ça fait aussi partie du lâcher prise.
Le retour n’a pas été si rude pour moi. J’ai été un peu déboussolée, notamment par le fait d’être revenue à Paris alors que j’ai marché en pleine nature pendant un mois, et que je traversais majoritairement de tout petits villages avec à peine quelques commerces – voire pas du tout de commerces. Revenir au bruit alors qu’il y a eu autant de silence…
Mais je suis une citadine dans l’âme, je le sais, et ma place est à Paris pour le moment. C’est dans cette ville que je m’épanouis, et que je dois être. Je ne regrette pas du tout d’être revenue, même s’il y a une nostalgie inévitable du Chemin, et que celui-ci ne tardera pas à m’appeler de nouveau.

Comme me l’avaient dit deux très chouettes messieurs à l’association Les amis de Saint-Jacques du Puy-en-Velay : « Tu vas voir, tu vas prendre goût au Chemin. Tu vas vouloir y retourner tout le temps. C’est foutu ! »
Et évidemment, ils avaient raison.

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En attendant, comme tout un chacun, je continue à tracer mon propre chemin. Un chemin en zig-zag, avec des bosses, des creux, des accidents de parcours, mais un chemin magnifique.

Alors, à très bientôt.

Oh, et si vous voulez voir mes photos et mes dessins du Chemin, je vous invite à vous rendre sur mon Tumblr et sur mon blog.

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Malaisie, Malaisie…

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« J’ai comme un malaise en Malaisie – c’est commun, comme si la fièvre m’avait saisi », chantait Alain Chamfort.

La chaleur est étouffante, une chaleur que l’on ne peut pas connaître en Europe. L’air est humide à 90%, la température est la même toute l’année, supérieure aux 30°C. La nuit tombe vers 18h ou 19h, parce qu’on est proche de l’équateur. Les gens se lèvent tôt et se couchent tôt, et l’après-midi rien ne bouge – sauf les pauvres touristes perdus qui s’éventent, se brumatisent et se remplissent de boissons fraîches et de glaces. Les animaux sont apathiques à cause de leur fourrure, et tout le monde fait la sieste sur un banc, au pied d’un palmier ou à même le sol. Les ventilateurs au plafond tournent sans cesse, quand ce ne sont pas les climatiseurs qui marchent à fond dans les centres commerciaux, les hôtels et les auberges de jeunesse.

Partout, où que l’on aille, la végétation est exubérante, dense, d’un vert intense, les arbres débordent de mangues et de noix de coco, et les fleurs explosent en massifs colorés. La jungle est envahissante, jusqu’au bord des routes, et les étals ambulants exposent leurs durians, leurs mangoustans et leurs lots de petites bananes à la chair orangée aux yeux des automobilistes.

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En ville, les temples bouddhistes, taoïstes, hindous, les églises et les mosquées se côtoient. Les messes et les appels à la prière se répondent. On brûle de l’encens dans les rues, on dispose des offrandes devant des petits autels, on fabrique des colliers de fleurs, on célèbre le ramadan.
Beaucoup de femmes sont voilées mais jouissent d’une grande liberté pour la plupart – du moins, c’est ce qu’il me semble, de mon point de vue de Française agnostique qui essaie de se renseigner un peu plus sur les différentes religions du monde et qui prend garde, autant qu’elle le peut, de ne pas tomber dans le cliché de l’Occidental qui se pense un peu supérieur et qui essaie d’imposer sa façon de voir les choses. J’essaie de me fondre, j’essaie de m’oublier pour mieux m’imprégner.

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Kuala Lumpur est un étau étouffant et bruyant, et est un sacré mélange de buildings insolemment hauts et de petites bâtisses et de trottoirs chaotiques au sein de Chinatown et de Little India. Singapour est une bulle hermétique dans laquelle, en apparence, rien ne dépasse, et tout est un peu trop propre, lisse et brillant pour être honnête. Melaka est plus calme, plus authentique et plus historique, et cette ancienne ville marchande, ce port aux épices, a conservé son influence européenne dans son architecture.
Le contraste entre les gratte-ciel et les HLM qui poussent comme des champignons un jour de pluie, les habitations précaires et à moitié délabrées, et la nature imposante, belle et rude, est troublant.

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La Malaisie et ses jungles, ses montagnes, ses plages de carte postale aux eaux si transparentes et turquoises que l’on se croirait dans une piscine géante, avec ses plantations de thé et ses champs de serres en plastique, ses petites villes pauvres et sales dans lesquelles rien ne se passe, ses habitants d’une gentillesse extrême au grand sourire blanc et aux yeux rieurs, ses chats errants, ses tas d’ordures et ses décharges en pleine nature, ses singes et ses rats, ses papillons aussi grands qu’une main qui viennent se cogner aux néons, ses moustiques insatiables, ses nuages de pollution et ses forêts immenses et inhabitées, ses odeurs de curry et de sauce soja, ses fortes communautés chinoise et indienne, ses nombreux langages, la mondialisation qui la rattrape ; la Malaisie est un melting pot où apparemment de plus en plus d’Européens aiment passer leurs vacances et se sentent inévitablement dépaysés.

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Trois semaines ce n’est rien, trois semaines c’est ridicule ; et pourtant, j’ai l’impression d’avoir tellement vu, d’avoir tellement senti, goûté, entendu, touché, vécu en si peu de temps. La Malaisie c’est aussi des odeurs et des saveurs que je ne retrouverai jamais en France ; un goût de « reviens-y », un goût d’Asie qui m’attire et qui me donne envie d’explorer tous ces nombreux pays qui la composent.

Ces voyages me permettent également de me rendre compte à quel point j’aime mon pays, à quel point j’aime ma ville, et que ce sentiment de manque, cette petite pointe de nostalgie quand je suis loin de l’endroit que j’appelle ma maison, ce sentiment que je connais bien maintenant, est toujours présent.
C’est pour ça que j’aime voyager et que je veux continuer à parcourir le monde. Pour réaliser la chance que j’ai de vivre en France (surtout que nous, Français, crachons bien trop sur notre pays à mon goût), mais aussi et surtout pour y découvrir plein de petits « chez moi », pleines de petites « maisons » dans lesquelles je peux essayer, à mon humble mesure et autant que possible, de me sentir y appartenir un peu.

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Essayer de résumer la Malaisie, ce serait assez prétentieux de ma part. J’en livre alors un rapide aperçu, à travers mes photos, mes dessins et mon pauvre texte. Mais aucun récit, aucun guide de voyage, aucun livre ne peut remplacer le vécu et les sensations que l’individu éprouve sur le moment, les ressentis qui lui sont propres et qui n’appartiennent à personne d’autre qu’à lui.

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J’ai vécu ma Malaisie, d’autres ont vécu la leur.
Mais je peux partager un peu de la mienne avec vous, pour le simple plaisir de vous raconter, de vous montrer, de vous faire découvrir à travers mon regard, un aspect de ce petit pays d’Asie.
Et maintenant que je suis rentrée, j’éprouve ce sentiment d’hébétude que j’ai apprivoisé aujourd’hui, cette sensation, due entre autres à la fatigue et au jet lag, de ne plus savoir où je suis, de ne pas arriver à croire que je suis de retour à Paris, de me demander ce que je fais là et quel est le sens de tout ça.

« Et maintenant, quoi ? »
Maintenant, la suite de ma vie.

À bientôt.

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