Malaisie, Malaisie…

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« J’ai comme un malaise en Malaisie – c’est commun, comme si la fièvre m’avait saisi », chantait Alain Chamfort.

La chaleur est étouffante, une chaleur que l’on ne peut pas connaître en Europe. L’air est humide à 90%, la température est la même toute l’année, supérieure aux 30°C. La nuit tombe vers 18h ou 19h, parce qu’on est proche de l’équateur. Les gens se lèvent tôt et se couchent tôt, et l’après-midi rien ne bouge – sauf les pauvres touristes perdus qui s’éventent, se brumatisent et se remplissent de boissons fraîches et de glaces. Les animaux sont apathiques à cause de leur fourrure, et tout le monde fait la sieste sur un banc, au pied d’un palmier ou à même le sol. Les ventilateurs au plafond tournent sans cesse, quand ce ne sont pas les climatiseurs qui marchent à fond dans les centres commerciaux, les hôtels et les auberges de jeunesse.

Partout, où que l’on aille, la végétation est exubérante, dense, d’un vert intense, les arbres débordent de mangues et de noix de coco, et les fleurs explosent en massifs colorés. La jungle est envahissante, jusqu’au bord des routes, et les étals ambulants exposent leurs durians, leurs mangoustans et leurs lots de petites bananes à la chair orangée aux yeux des automobilistes.

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En ville, les temples bouddhistes, taoïstes, hindous, les églises et les mosquées se côtoient. Les messes et les appels à la prière se répondent. On brûle de l’encens dans les rues, on dispose des offrandes devant des petits autels, on fabrique des colliers de fleurs, on célèbre le ramadan.
Beaucoup de femmes sont voilées mais jouissent d’une grande liberté pour la plupart – du moins, c’est ce qu’il me semble, de mon point de vue de Française agnostique qui essaie de se renseigner un peu plus sur les différentes religions du monde et qui prend garde, autant qu’elle le peut, de ne pas tomber dans le cliché de l’Occidental qui se pense un peu supérieur et qui essaie d’imposer sa façon de voir les choses. J’essaie de me fondre, j’essaie de m’oublier pour mieux m’imprégner.

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Kuala Lumpur est un étau étouffant et bruyant, et est un sacré mélange de buildings insolemment hauts et de petites bâtisses et de trottoirs chaotiques au sein de Chinatown et de Little India. Singapour est une bulle hermétique dans laquelle, en apparence, rien ne dépasse, et tout est un peu trop propre, lisse et brillant pour être honnête. Melaka est plus calme, plus authentique et plus historique, et cette ancienne ville marchande, ce port aux épices, a conservé son influence européenne dans son architecture.
Le contraste entre les gratte-ciel et les HLM qui poussent comme des champignons un jour de pluie, les habitations précaires et à moitié délabrées, et la nature imposante, belle et rude, est troublant.

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La Malaisie et ses jungles, ses montagnes, ses plages de carte postale aux eaux si transparentes et turquoises que l’on se croirait dans une piscine géante, avec ses plantations de thé et ses champs de serres en plastique, ses petites villes pauvres et sales dans lesquelles rien ne se passe, ses habitants d’une gentillesse extrême au grand sourire blanc et aux yeux rieurs, ses chats errants, ses tas d’ordures et ses décharges en pleine nature, ses singes et ses rats, ses papillons aussi grands qu’une main qui viennent se cogner aux néons, ses moustiques insatiables, ses nuages de pollution et ses forêts immenses et inhabitées, ses odeurs de curry et de sauce soja, ses fortes communautés chinoise et indienne, ses nombreux langages, la mondialisation qui la rattrape ; la Malaisie est un melting pot où apparemment de plus en plus d’Européens aiment passer leurs vacances et se sentent inévitablement dépaysés.

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Trois semaines ce n’est rien, trois semaines c’est ridicule ; et pourtant, j’ai l’impression d’avoir tellement vu, d’avoir tellement senti, goûté, entendu, touché, vécu en si peu de temps. La Malaisie c’est aussi des odeurs et des saveurs que je ne retrouverai jamais en France ; un goût de « reviens-y », un goût d’Asie qui m’attire et qui me donne envie d’explorer tous ces nombreux pays qui la composent.

Ces voyages me permettent également de me rendre compte à quel point j’aime mon pays, à quel point j’aime ma ville, et que ce sentiment de manque, cette petite pointe de nostalgie quand je suis loin de l’endroit que j’appelle ma maison, ce sentiment que je connais bien maintenant, est toujours présent.
C’est pour ça que j’aime voyager et que je veux continuer à parcourir le monde. Pour réaliser la chance que j’ai de vivre en France (surtout que nous, Français, crachons bien trop sur notre pays à mon goût), mais aussi et surtout pour y découvrir plein de petits « chez moi », pleines de petites « maisons » dans lesquelles je peux essayer, à mon humble mesure et autant que possible, de me sentir y appartenir un peu.

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Essayer de résumer la Malaisie, ce serait assez prétentieux de ma part. J’en livre alors un rapide aperçu, à travers mes photos, mes dessins et mon pauvre texte. Mais aucun récit, aucun guide de voyage, aucun livre ne peut remplacer le vécu et les sensations que l’individu éprouve sur le moment, les ressentis qui lui sont propres et qui n’appartiennent à personne d’autre qu’à lui.

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J’ai vécu ma Malaisie, d’autres ont vécu la leur.
Mais je peux partager un peu de la mienne avec vous, pour le simple plaisir de vous raconter, de vous montrer, de vous faire découvrir à travers mon regard, un aspect de ce petit pays d’Asie.
Et maintenant que je suis rentrée, j’éprouve ce sentiment d’hébétude que j’ai apprivoisé aujourd’hui, cette sensation, due entre autres à la fatigue et au jet lag, de ne plus savoir où je suis, de ne pas arriver à croire que je suis de retour à Paris, de me demander ce que je fais là et quel est le sens de tout ça.

« Et maintenant, quoi ? »
Maintenant, la suite de ma vie.

À bientôt.

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