Ce que le Chemin de Compostelle m’a apporté

Quasiment cinq mois après être arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port, je me rends un peu mieux compte de ce que le Chemin de Compostelle a changé pour moi.
Certes, je ne suis partie qu’un petit mois, et un petit mois dans une vie ce n’est rien. Et pourtant… Je sens que beaucoup de changements se sont opérés en moi, dont certains dont je n’ai peut-être pas encore pris conscience.

Dans mon précédent article à propos de mon expérience sur le Chemin, je racontais pourquoi je suis partie, et en substance ce que j’ai vécu et traversé. Ici, je vais essayer de synthétiser ce que le Chemin m’a apporté, et quelles ont été ses répercussions sur ma vie.

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Ma confiance en moi a augmenté

Je n’avais pas une estime de moi au plus bas avant de partir sur le Chemin, loin de là. J’étais bien dans ma vie et dans mes pompes (j’ai beaucoup travaillé dessus pour en arriver là, car je pars de loin), et j’avais foi en l’avenir. Mais cette marche d’un mois, seule, a fait passer ma confiance en moi au niveau au-dessus.

Ne serait-ce que pour mes capacités physiques. Bien qu’étant sportive, je n’avais jamais fait de longue randonnée de plusieurs jours, qui plus est avec un gros sac. Plusieurs fois pendant le Chemin, surtout au début, j’ai cru que je n’arriverais pas à tenir les 750 km qui séparaient Le-Puy-en-Velay de Saint-Jean-Pied-de-Port. La suite a prouvé le contraire. Je pense que nous avons tous bien plus de force en nous que ce que nous imaginons – physique et mentale. Nous pouvons puiser dans des ressources formidables pour nous surpasser, et nous pouvons pousser chaque jour un peu plus loin.

Je savais que j’avais beaucoup de ressources en moi, ayant pas mal voyagé à travers le monde et ayant été confrontée à des situations plus ou moins difficiles, mais sur le Chemin, je me suis rendue compte que je pouvais être encore plus débrouillarde que ce que je pensais. Ça a été à la fois surprenant et très plaisant à expérimenter.

De même, ces moments à marcher seule ont amené pas mal de réflexions sur ma vie et sur ma façon d’être par rapport au monde. Je ne sais pas trop comment cette magie a opéré, mais j’ai pris encore plus confiance en qui j’étais, en ce que je désirais et ce que je revendiquais, et j’ai compris beaucoup de choses sur moi. Je me suis sentie forte, puissante, et j’ai su que ni rien ni personne ne pourrait m’enlever ça.

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J’ai découvert le plaisir de voyager seule

Comme je l’écrivais précédemment, j’ai pas mal voyagé à travers le monde (vous pouvez le voir notamment grâce à mes photos), mais avant le Chemin je n’avais jamais voyagé seule.
Comme le disent tous les voyageurs en solo, en fait nous ne sommes jamais vraiment seuls. Nous faisons tout un tas de rencontres, et moi-même j’ai fait de jolies rencontres sur le Chemin. Parfois des rencontres éphémères, mais aussi des rencontres qui se sont prolongées en-dehors du Chemin : j’ai revu plusieurs pèlerins, dont certains plusieurs fois, et j’ai même prévu d’en revoir d’autres encore et d’organiser des voyages et des excursions avec eux.

Mais j’ai découvert que le fait de voyager seule donne une immense liberté – et cette liberté est accentuée par le fait que pour me déplacer, je n’étais dépendante que de mon corps. Je trouve que marcher est une des choses les plus merveilleuses pour se sentir libre. Tout me semblait possible : je pouvais aller où je voulais, m’arrêter quand je le voulais, aller au rythme que je souhaitais.
J’admire beaucoup les marcheurs chevronnés qui parcourent le monde entier à pied. Peut-être qu’un jour je franchirai le cap, moi aussi. J’endosserai mon sac, j’enfilerai mes chaussures et je fermerai la porte de chez moi. C’est une idée qui me « trotte » derrière la tête.

La solitude n’est cependant pas toujours plaisante – il ne s’agit pas de tout idéaliser ici –, et elle peut parfois être dure. Même si la Via Podiensis en été est loin d’être déserte, il y a tout de même eu des moments où j’étais seule au milieu de nulle part (et c’est là que je me suis pleinement rendue compte qu’il y a des endroits désertiques en France). C’est une sensation à la fois grisante et désagréable.
La solitude peut être une épreuve, mais je pense qu’elle est une épreuve des plus intéressantes, même si elle est inconfortable. Elle nous incite à nous confronter à nous-même pour de bon, et à puiser en nous les ressources que j’évoquais plus haut dans l’article.
Les blessures et les démons du passé peuvent remonter d’un coup, mais les guérisons et les miracles peuvent survenir aussi – il suffit de recevoir et d’accepter ce qui arrive, car j’ai l’intime conviction que tout arrive pour une raison et qu’il n’y a pas de hasard.

La solitude offre des choses que nous ne pouvons pas connaître si nous partons à plusieurs. Je ne dis pas que les voyages à plusieurs ne me conviennent pas – j’ai adoré la grande majorité d’entre eux –, mais le fait de partir seul oblige à une plus grande ouverture d’esprit et de cœur.

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J’ai redécouvert la France

Je connais un certain nombre de personnes qui ont parcouru beaucoup d’endroits du monde, mais qui connaissent très mal leur propre pays.
Je n’irais pas jusqu’à dire que je connais mal la France – j’ai exploré pas mal de ses régions –, mais le fait de marcher sur le Chemin m’a fait découvrir mon pays autrement. Je savais déjà que la France jouit d’une richesse hallucinante de paysages ; le savoir intellectuellement est une chose, mais le découvrir concrètement en est une autre.

Je suis passée par des villages et des endroits que je n’aurais jamais pu découvrir en voiture ou en train. Je me suis bien plus imprégnée de la nature et de ce qui m’entourait que si je m’étais déplacée à toute vitesse.
La lenteur de la marche permet de se confronter à un autre rapport au temps et à l’espace. À une époque toute en rapidité et en excès, je trouve que c’est une très bonne chose.

La France est un pays au patrimoine et à la nature très riches, et je me sens chanceuse d’y vivre. Elle n’a rien à envier aux autres endroits du globe. C’est plaisant de regarder son « chez soi » d’un autre œil, d’un œil neuf.

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Des envies de partir…

Connaissez-vous cette langueur, cette envie de partir et de tout laisser derrière vous, qui de temps en temps se rappelle à vous, et vous titille ?
Moi, oui. Et ce encore plus souvent depuis que je suis partie sur le Chemin.

J’ai l’impression que cette langueur a toujours fait partie de moi. Petite, déjà, je rêvais de partir à l’assaut de l’inconnu, de me diriger vers le soleil couchant, de crapahuter dans les montagnes et de grimper dans le premier train ou le premier avion qui m’emmènerait loin. Cette envie ne me quitte jamais, et après chaque voyage elle se renouvelle.

Alors, je ne souhaite plus être dans l’extrême et partir dans un trip à la Into The Wild, en partant très loin sur un coup de tête et en laissant tout derrière moi (famille, amis, maison, biens divers et variés) sans jamais me retourner. C’était un fantasme d’adolescente, qui illustrait plus mon mal-être qu’autre chose.
J’adore ma vie actuelle, sur tous les plans. Je n’ai pas envie de tout abandonner. Je sais que je suis mon chemin de vie et que je suis en congruence avec mon âme ; je n’éprouve pas le besoin de partir sans me retourner.

Par contre, l’idée de parcourir le monde seule avec mon sac à dos, telle une backpacker occidentale comme on en voit fleurir sur les routes, me tente de plus en plus.

J’ai aussi de plus en plus envie d’aller à la rencontre des gens et de les interroger. De partir avec une caméra et un micro, et de réaliser des petits films documentaires. Sans me la jouer reporter pour National Geographic (quoique si j’avais eu plusieurs vies en même temps, j’aurais sans doute essayé de percer dans cette voie), c’est quelque chose que j’aimerais bien entreprendre un jour.

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J’ai toujours admiré les grands voyageurs, et j’admire encore plus ceux qui savent revenir. Parce que parfois ce n’est pas simple, mais je crois que c’est indispensable si l’on ne souhaite pas que le voyage se transforme en fuite.

Un jour, je traverserai les frontières à pied. Je me sens capable de le faire, et sans doute que quand je sentirai que c’est le moment, je le ferai.

Il suffit de faire le premier pas. Le reste, ce n’est que de la marche.

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