Chemin de Compostelle : voie du Puy

La voie du Puy est le premier chemin de Compostelle que j’ai parcouru, durant l’été 2017, pendant vingt-huit jours. Aussi appelé Via Podiensis, le GR65 part du Puy-en-Velay et rejoint Saint-Jean-Pied-de-Port. De toutes les voies françaises, la voie du Puy est la plus connue et la plus fréquentée. Plusieurs de ses tronçons (en plus de villages ou de monuments présents sur le Chemin) sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO !

Source : saint-jacques-de-compostelle.fr

Cette première expérience sur le Chemin a été pour moi une révélation. Je ne parle pas ici d’une révélation mystique ou d’une compréhension profonde et soudaine de mon être ! Mais cette marche sur le long cours m’a révélé que j’étais capable d’aller au bout d’une telle aventure, et qu’en plus, jaimais ça.

En effet, avant de partir toute seule sur la voie du Puy, je n’avais jamais fait de randonnée itinérante. Même si je suis sportive et que j’ai toujours adoré marcher, à l’époque, j’étais une débutante complète.
Je me suis renseignée du mieux que je le pouvais : j’ai consulté des livres, des blogs, des vidéos ; j’ai pris conseil auprès d’anciens pèlerins. Puis j’ai haussé mon sac à dos et je suis partie.

Parce qu’il faut bien commencer quelque part, parce qu’il faut bien poser le premier pas.


Le Puy-en-Velay > Espalion

Le Chemin commence au Puy-en-Velay, la jolie ville préfecture de Haute-Loire. J’y suis arrivée de Paris en train, et j’y ai passé une nuit avant de partir le lendemain. Le centre-ville médiéval du Puy est sympa à visiter : il est agréable de parcourir ses ruelles escarpées et de visiter son incontournable cathédrale Notre-Dame avec sa statue de la Vierge noire.

À mon arrivée, j’ai participé au pot du pèlerin organisé par l’association Les amis de Saint-Jacques du Velay, ce qui m’a permis de faire connaissance avec quelques marcheurs et d’écouter les conseils et les témoignages d’anciens pèlerins.
Le matin de mon départ sur le Chemin, même si je ne suis pas croyante, j’ai assisté à la messe de bénédiction des pèlerins dans la cathédrale Notre-Dame. J’ai ainsi pu me mettre dans l’ambiance, marquer mon départ de manière symbolique, et c’était intéressant de voir d’où venaient les autres pèlerins présents et jusqu’où ils comptaient aller.

Une vue du Puy-en-Velay

Dans cette première partie de la voie du Puy, le Chemin traverse les départements de la Haute-Loire, de la Lozère et de l’Aveyron.
Du plateau verdoyant du Velay aux magnifiques et rustiques plaines de l’Aubrac, le pèlerin entre dans le vif du sujet et se gorge de superbes paysages. Il s’agit d’une des parties les plus sportives de la voie du Puy, car le relief est plutôt accidenté. Ça permet de rapidement se mettre en jambes et de se confronter à la réalité physique de la randonnée itinérante.

Les pèlerins sont rapidement plongés au cœur de la campagne française. Le Chemin ne passe que par des petites bourgades et des hameaux, dont un bon nombre vivent avant tout grâce à la fréquentation de la Via Podiensis. L’agitation de la ville paraît déjà loin ! Le calme et les bruits de la nature enveloppent les marcheurs. Pas de doute : le pèlerinage vers Compostelle a bel et bien commencé.

Le Chemin passe par de charmants villages, dont certains sont classés parmi les plus beaux de France : Saint-Côme d’Olt et Estaing.

Espalion > Cahors

Cette deuxième partie du Chemin passe par les départements de l’Aveyron et du Lot.
Si je me base sur mes souvenirs, je pense que cette portion de mon pèlerinage a été l’une de mes préférées. Les paysages sont particulièrement beaux : des vallons, des falaises, des rivières, des bois denses ; un vrai plaisir pour la marcheuse et le marcheur.

Le Chemin passe par l’emblématique et sublime village de Conques, un incontournable du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Classé comme l’un des plus beaux villages de France, Conques a tout pour séduire. Ses ruelles médiévales étroites, ses maisons à colombages, sa pierre chaude, la magnifique abbatiale Sainte-Foy et ses vitraux signés Pierre Soulages, font de ce village une étape marquante de la Via Podiensis.

Un aperçu de Conques

Figeac est une autre étape importante du Chemin, puisqu’il s’agit de la première “grosse ville“ (environ 10 000 habitants) que l’on traverse après Le Puy-en-Velay. Quand j’y suis passée, il y avait le reconnu festival de théâtre de la ville – j’ai eu du mal à trouver un hébergement, mais j’ai fini par dénicher une place dans un donativo : un lieu, souvent religieux, où le pèlerin est logé et nourri en échange de la somme d’argent qu’il souhaite donner (ces lieux sont malheureusement en voie de disparition à cause de nombreux abus).

À cause d’une cystite qui ne passait pas (j’en parle dans cette vidéo), je me suis accordé un jour de repos à Figeac pour aller voir un médecin. En atteignant Cajarc le lendemain, j’ai passé une nuit difficile et fiévreuse. On m’a conseillé de me rendre directement à Cahors pour faire des analyses en laboratoire. Je suis donc allée vers la ville en bus.

Ma cystite a été soignée (ouf !) et mon Chemin, de fait, a été un peu raccourci.
J’ai donc pris le temps de visiter Cahors, préfecture du Lot, qui est LA plus grosse ville de la voie du Puy (environ 20 000 habitants intramuros). Autant dire que ce chemin est très peu citadin, contrairement au Camino Francés en Espagne qui traverse de grandes agglomérations !
Cahors est une jolie ville. Parmi ses monuments remarquables, il y a le Pont Valentré, l’église Saint-Barthélémy, ou la cathédrale Saint-Étienne de Cahors.

(Variante du Célé : Figeac > Cahors)

Petite parenthèse : j’ai suivi cette variante de quelques jours au printemps 2018, soit un an après mon premier pèlerinage.
Entre Figeac et Cahors, en plus du GR65, il est possible d’emprunter deux variantes : la voie de Rocamadour (GR6 et GR46), qui a l’air superbe mais que je n’ai pas encore parcourue, et la voie du Célé (GR651).

Le Célé est l’un des affluents du fleuve Lot. Long d’un peu moins de 100 km, le GR651 se parcourt en quelques jours. Sportif, le chemin va se percher au sommet des falaises et redescend constamment vers les villages en contrebas – pour, bien sûr, remonter par la suite, sinon ce n’est pas drôle !

Cette variante passe par les charmantes communes de Faycelles, Espagnac ou encore Cabrerets et ses maisons troglodytes. Les paysages sont splendides, boisés et calcaires ; on peut avoir un beau panorama sur la vallée comme suivre le cours du joli Célé, et pourquoi pas de temps en temps s’y baigner. Le sentier est souvent à flanc de falaise, nous fait rencontrer la roche et nous dévoile des ruines mangées par l’érosion et la végétation.

Même s’il s’agit d’un détour par rapport à la variante initiale, je conseille fortement de se rendre à Saint-Cirq-Lapopie, classé parmi les plus beaux villages de France, en suivant son chemin de halage partant de Bouziès. Vous ne le regretterez pas !

Cahors > Condom

Après avoir été soignée comme il le faut à Cahors, j’ai pu reprendre ma marche.
J’ai trouvé que cette partie de la voie du Puy, bien que toujours belle et traversant de charmantes bourgades, est la plus monotone du Chemin. Le pèlerin quitte peu à peu le joli département du Lot pour passer par le Tarn-et-Garonne et le Gers.

Le relief devient plus plat et le Chemin serpente entre des champs de blé et de tournesol. Même si j’ai écrit que cette portion de la Via Podiensis est plus monotone que les précédentes, ça ne veut pas dire que je m’y suis ennuyée et qu’il n’y a rien à voir. Au contraire, il y a toujours des choses à admirer, à contempler autour de soi. Il peut y avoir de jolies surprises au détour d’un virage : un petit ruisseau où l’on peut tremper les pieds, un bosquet ombragé, une prairie avec des fleurs sauvages.


À l’instar de la Meseta sur le Camino Francés en Espagne, cette partie plus plate du Chemin permet au pèlerin de vagabonder dans ses pensées, de laisser son imagination galoper, de prendre le temps de bien respirer. D’autant plus qu’en général, une fois arrivé sur cette portion de la voie du Puy, le marcheur a facilement deux semaines de randonnée derrière lui.
Je l’ai constaté pour moi : après deux semaines de pèlerinage, mon pas était plus assuré, plus souple, plus fluide et plus léger (malgré le poids de mon sac). Comme si la mécanique de mon corps était devenue plus optimale. Je sentais que je savais marcher pour de bon, et qu’à ce rythme-là, je pouvais parcourir le monde entier pendant des mois !

Cette partie de la Via Podiensis traverse, bien sûr, d’autres sites remarquables. Dans les communes classées parmi les plus beaux villages de France, il y a Lauzerte, Auvillar et La Romieu.
Quant à Moissac, une des “grosses“ villes du Chemin (environ 13 000 habitants), elle est connue pour son abbaye et son magnifique cloître.

Condom > Navarrenx

Après trois semaines de marche, le pèlerin entre dans la dernière partie de la voie du Puy. Le Chemin continue d’être plat, puisqu’après le département du Gers arrivent les Landes. Les reliefs reviennent progressivement à l’approche des montagnes, en entrant dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

Si le Gers et les Landes ne m’ont pas spécialement marquée au niveau des paysages (même si ça reste joli, comme je l’ai écrit plus haut), la Via Podiensis passe tout de même par de beaux villages. Je me souviens de cette portion du Chemin surtout pour les rencontres que j’y ai faites et les nombreux fous rires que j’ai eus avec mes amis pèlerins !


Il y a aussi une certaine émotion quand on voit le massif montagneux des Pyrénées paraître à l’horizon et se rapprocher, devenir de plus en plus net, de jour en jour.
Il s’agit d’une étape importante, d’une frontière entre la France et l’Espagne, d’un symbole. Pour moi, je savais que ça signifiait la fin de mon pèlerinage, et cette fin se manifestait concrètement devant mes yeux, dans le paysage. J’avais hâte d’arriver, et en même temps je souhaitais retarder ce moment.

Après avoir dépassé l’Aire-sur-l’Adour et quitté les Landes, on entre petit à petit dans le Béarn et le Pays Basque. Ça se ressent dans le relief devenant plus accidenté, dans l’architecture typique des villages, et surtout dans leurs noms (Arzacq-Arraziguet, Fichous-Riumayou, Arthez-de-Béarn…).
Enfin, le Chemin atteint Navarrenx, classé parmi les plus beaux villages de France.
De par son nom, on voit tout de suite le rapprochement avec la province de Navarre. Navarrenx, très jolie commune dans laquelle j’ai apprécié me promener au hasard, est surtout réputée pour son splendide bastion et ses remparts qui encerclent son centre historique.

Une vue de l’Aire-sur-l’Adour

Navarrenx > Saint-Jean-Pied-de-Port

Ce sont les derniers jours de marche sur la Via Podiensis. Cette fois, on entre de plein-pied dans les Pyrénées. Tout comme la “première partie“ du Chemin entre Le Puy-en-Velay et Cahors, cette portion a été ma préférée. Les montagnes sont magnifiques, plus sauvages que les Alpes. Les reliefs verdoyants, les pâtures, les chemins rocailleux, le contraste avec le ciel bleu intense ; à tout ça s’est rajoutée l’extase d’arriver au bout d’un sacré périple ! J’ai tout adoré.

Dans ce tronçon du Chemin, le pèlerin se trouve au cœur du Pays Basque, et peut le constater par l’architecture des maisons comme par les noms des communes traversées (Aroue-Ithorots-Olhaïby, Larribar-Sorhapuru-Uhart-Mixe, Bussunarits-Sarrasquette… !). Aucun doute possible.
J’ai souhaité savourer au maximum ces derniers jours sur la voie du Puy. Mais la fin de mon pèlerinage se rapprochait inexorablement.

Alors quelle émotion quand j’ai franchi, avec quelques amis marcheurs, la Porte Saint-Jacques de Saint-Jean-Pied-de-Port ! Nous nous sommes sautés dans les bras, nous avons ri aux éclats, certains ont même pleuré. Je me souviens que des touristes nous regardaient faire avec incompréhension. “Bah quoi, c’est juste une porte“, devaient-ils se dire. Peu importe. Seuls les marcheurs au long cours peuvent comprendre l’émotion ressentie à ce moment-là.

Saint-Jean-Pied-de-Port marque la fin de la voie du Puy, et le début du Camino Francés. Commune très touristique classée parmi les plus beaux villages de France, elle rassemble des marcheurs venus du monde entier comptant se rendre à Santiago de Compostela. Le nombre de gros sacs à dos ornés de coquilles Saint-Jacques est assez impressionnant.
Je me souviens qu’en cet été 2017, les jolies ruelles escarpées de Saint-Jean-Pied-de-Port étaient bondées et qu’il était difficile de s’y déplacer. Ça parlait dans toutes les langues, les bâtons de marche claquaient sur les pavés et se mêlaient au brouhaha de la foule.
Quand j’y suis retournée, trois ans plus tard, pour débuter mon pèlerinage en Espagne, le village était bien plus vide (à cause d’une certaine pandémie de Covid-19).

Pour moi, cette fois-ci, Saint-Jean-Pied-de-Port marquait la fin de mon périple sur la Via Podiensis, et la fin de mon pèlerinage. J’aurais eu la motivation et les capacités de continuer d’une traite en Espagne, mais des obligations professionnelles me forçaient à rentrer à Paris.
Je me sentais à la fois frustrée et triste de ne pas pouvoir poursuivre ma marche, et en même temps heureuse d’avoir vécu une aventure aussi incroyable et d’être arrivée au bout de ce Chemin. J’ai tout de même parcouru environ 750 km à pied ! C’était la première fois de ma vie que je randonnais pendant aussi longtemps. Je réalisais que j’étais forte et capable.

Ce Chemin a été pour moi un point de départ pour beaucoup de choses dans ma vie. Notamment le goût pour la randonnée itinérante et le voyage en solitaire !
À l’époque, je savais déjà que je reviendrais à Saint-Jean-Pied-de-Port et que j’irais jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui, je peux dire que c’est chose faite. J’ai atteint Santiago, et je suis même allée au-delà, à Fisterra. Mais ça, c’est une autre histoire.

Marcherai-je sur d’autres chemins de Compostelle un jour ? Possible. Il y en a tant, dans tellement de pays. Qui sait ce que la vie nous réserve ?