Je me sens désemparée face au monde

Je ne suis pas de nature pessimiste. J’ai tendance à voir le bon côté de la vie. Je cultive consciemment cet aspect de ma personnalité. Je fais en sorte de voir du beau partout, de me concentrer avant tout sur les belles choses.
Mais parfois, il est difficile de faire abstraction de certains événements tragiques, de tensions, de mots prononcés ou écrits, d’actes malveillants. D’ailleurs il est parfois préférable de ne pas faire abstraction de la noirceur de monde.

La frontière est fine entre se concentrer sur le positif pour se protéger, et faire l’autruche. Chacun sait qu’enfouir la tête dans le sable ne résolve pas les problèmes, ne les fait pas disparaître. L’ignorance est un vrai handicap.
Je suis en substance d’accord avec ces messages : « Ne nous exposons pas aux médias, ils ne parlent que des choses tragiques et apportent une vision biaisée », « Il faut savoir se protéger », etc. Oui, c’est important.
Mais il est aussi important de s’informer et de voir la réalité en face.
Parce que tout n’est pas que lumière, tout n’est pas qu’ombre.
Il n’y a pas d’ombre sans lumière, il n’y a pas de lumière sans ombre.
Les deux se contrebalancent et participent à l’équilibre du monde. Il n’y a pas de vie sans mort, il est important de l’accepter et de faire courageusement face à ce fait irrémédiable.

Je me sens actuellement désemparée face au monde.
Ce n’est pas toujours le cas. Mais au vu des événements récents, et de l’accumulation de ceux-ci, je nage dans l’incompréhension et le désarroi.
J’essaie de me préserver. Je le fais du mieux que je peux. Mais difficile d’ignorer la violence quand elle a lieu sous son nez.

J’essaie de comprendre. Certaines personnes me donnent des clés. Chacune de ces clés sont teintées par leur point de vue et leurs opinions. À moi de faire le tri.
Mais face à la violence je suis désemparée. Peu importe le nom que prend cette violence. Peu importe les convictions desquelles elle naît, peu importent les partis politiques qu’elle illustre, peu importe le drapeau qu’elle brandit.
Je ne m’attache qu’aux actes. On aura beau mettre tous les noms que l’on souhaite sur un acte, pour moi cet acte reste le même.

Si on frappe, je me fiche des opinions de la personne.
Si on détruit, je me fiche des revendications de la personne.
Si on séquestre, je me fiche des justifications de la personne.
Si on tue, je me fiche du parti politique de la personne.
Un acte est un acte. Je ne tolère pas la violence, quel que soit le visage qu’elle porte ou le nom qu’elle se donne.

Je ne comprends pas les personnes qui ont sans cesse besoin de comparer les violences, de les hiérarchiser.
Récemment, j’ai lu un commentaire Facebook qui disait : « La vraie violence, c’est 9 millions de pauvres, 200 000 SDF, c’est 80 milliards d’évasion fiscale, c’est Amazon, Starbucks, Google qui ne paient pas d’impôts, c’est les patrons du CAC 40 qui gagnent 5 millions par an en augmentation de 14% quand le gouvernement ne donne pas de coup de pouce au SMIC… C’est ça la violence. Pas 3 bagnoles qui crament dans des quartiers à 12 000€ le m2. »
(Pourquoi cette personne utilise-t-elle Facebook alors, ce réseau social diabolique et capitaliste par excellence ? Son commentaire étant d’ailleurs probablement envoyé de son smartphone capitaliste. Enfin bref, je m’égare.)
Je ne prétends pas être parfaite (loin de là !) : chacun a ses contradictions. Mais les personnes moralisatrices, bizarrement, ont l’air exemptes de défauts.
Le nombre de gens qui se targuent de vouloir aider les pauvres enfants en Afrique ou les migrants, mais qui ne sont même pas fichus de prendre soin de leur propre famille, j’en ai rencontré pas mal.
C’est l’une des raisons pour lesquelles je déteste que l’on me fasse la morale.

Mais surtout : je ne comprends pas ce besoin de comparer.
Les différentes situations illustrées par cette personne sur Facebook, même la toute dernière avec les voitures qui brûlent, sont violentes. Point. C’est de la violence, différents types de violence, et pour moi toutes sont injustifiables.
Je ne comprends pas que l’on puisse justifier un acte violent, quel qu’il soit.
Surtout que souvent, ceux qui font les morale sont ceux qui en font le moins.

Cette personne qui a posté ce commentaire, mange-t-elle de la viande ? De la viande issue d’abattoirs industriels ? Si oui, c’est violent.
Fume-t-elle ? Jette-t-elle ses mégots par terre ? Si oui, c’est violent.
Achète-t-elle des vêtements fabriqués par des enfants Chinois qui travaillent dans des conditions épouvantables ? Si oui, c’est violent.
Elle utilise manifestement Facebook : c’est violent.
Elle vit probablement dans un pays occidental riche : c’est violent.
Elle marche sur des brins d’herbe et tue des centaines d’innocents petits insectes : c’est violent.
Elle essaie d’imposer son opinion à des personnes qui n’ont rien demandé : c’est violent.
Bref, la liste peut se rallonger à l’infini.

Tout est violent, tous nos actes ont des répercutions sur les autres et sur la planète. Nous faisons comme nous le pouvons, avec les informations que nous avons. Pourquoi hiérarchiser les violences ? Pourquoi en justifier certaines et pointer du doigt d’autres ?
Pour se donner bonne conscience, peut-être. Ce genre de commentaires comme celui que je viens de citer plus haut, « ça fait bien ».

melancolie

Je suis désemparée face au monde.
Il y a tellement de choses que je ne comprends pas. Tellement de choses qui m’affectent. En ce moment je suis triste et inquiète de ce qui se passe en France. C’est mon droit, et je crois mon inquiétude légitime.
Pourquoi certaines personnes me rient-elles au nez ? Pourquoi certaines personnes minimisent ces événements ? Se rendent-elles compte ? Est-ce une barricade inconsciente qu’elles se créent, pour ne pas voir la dure réalité ?
Est-ce que, comme moi, elles ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe ? Probablement.
Le reconnaissent-elles ? Pas toutes.

Je me sens désemparée face à toutes ces voix de gens qui ont des opinions que je ne comprends pas, que je ne conçois même pas possible d’avoir. Et pourtant.
La violence et la haine m’échappent. Elles existent, elles ont une présence si forte, je le sais. Je sais également que les ignorer n’est pas la bonne réponse. N’ignore pas ou ne minimise pas quelqu’un qui fonce vers toi avec un couteau, ou tu risques de ne pas vivre très longtemps.
Seuls les enfants croient que, quand ils mettent leurs mains devant leurs yeux, le monde autour d’eux disparaît. Nous savons que c’est faux.

Je me sens désemparée, et j’écris un article décousu.
Il n’y a pas de lumière sans ombre. De côté pile sans côté face. D’endroit sans envers.
Internet a créé des choses merveilleuses comme des choses terribles.
Pourquoi est-ce que je parle d’Internet ? Parce qu’il amplifie tout. C’est une loupe grossissante. Chacun peut donner son avis : et comme c’est de l’écrit, ça reste. Tout le monde peut le voir. Tout le monde peut « liker » un commentaire immonde et celui-ci sera visible aux yeux de tous.
La liberté d’expression a ses limites, il y a des propos punissables par la loi. Mais beaucoup de gens sur Internet semblent l’ignorer, car ils ne se sentent pas concrètement concernés. Internet est abstrait, les propos sont stockés dans les datas centers parmi des milliards d’autres. Mais ils sont là, ils existent, ils restent et ne disparaissent pas.

Sur Internet on peut difficilement ignorer les propos choquants ou indécents ou ignares ou violents.
On ne peut que constater : « Ah oui, ce genre de personne existe. Ce genre de propos peut être prononcé. Il y a des gens qui pensent réellement ça. »
Il y a des choses que je ne croyais même pas possibles, que mon cerveau ne pouvait même pas imaginer.
Et puis, Internet.
Les dangers d’une trop grande liberté.
Tous les aspects du monde, les plus beaux comme les plus laids, offerts sur un plateau aux yeux de tous.

Il y a de quoi se sentir tétanisé.
Ou désemparé, comme je le suis maintenant.
Maintes fois j’ai essayé de relativiser, mais il y a des choses qui ne passent plus. Il y a des choses que je ne tolère plus. Il y a des choses que je ne minimise plus. Je me rends compte de la gravité et de la profondeur du problème, de l’immense trou noir qui s’ouvre devant moi ; je VOIS, je ne PEUX PAS ignorer, ce serait presque criminel de ma part.
Le monde est comme ça, on en a la preuve visuelle sur notre écran d’ordinateur.

Je me sens désemparée car je ne vois concrètement pas quoi faire.
Je n’ai pas les armes intellectuelles, je n’ai pas d’argumentation en béton, je n’ai rien à répondre aux propos qui me choquent car je sais que quinze autres personnes me retomberont dessus, et que face à l’agressivité d’autrui mes défenses sont bien pauvres.
Moi qui essaie au maximum de rester calme, de raison garder, de ne pas perdre la tête, Internet aime la culture de la violence. Il aime les clashs, il aime les punchlines et les phrases rapides, alors qu’en général ce n’est que de l’esbroufe et que ça repose sur du vent.

Le contenant intéresse plus que le contenu, on préfère lire les titres des articles et pas les articles, on préfère les vidéos courtes qui survolent et appauvrissent et caricaturent un sujet, on préfère les images aux textes. Parce que l’on n’a pas le temps, parce que l’on a pris l’habitude de cliquer, de zapper, de sur-stimuler nos cerveaux avec des jeux épileptiques, parce que l’on n’est plus capables de se concentrer et de prendre le temps pour véritablement réfléchir.

Tout doit se passer très vite, des résultats concrets dans l’immédiat sinon on trépigne, on se met en colère, on veut brûler des trucs, piller des magasins et casser la tronche des gens.

Je suis désemparée face au monde.
Je sais que je ne m’attirerai pas que des amis avec cet article.
Je suis peut-être encore trop naïve. Trop pure, trop sensible ? Je pense au contraire que ce sont des qualités. Surtout en des temps comme ceux que nous traversons.

Je suis pessimiste dans cet article, c’est vrai.
Je laisse de côté mon sourire, je laisse de côté mon optimisme, je prends volontairement un ton plus grave et plus inquiet. Parce que c’est aussi ce que je suis. Je suis moi, j’exprime ce que je ressens de manière authentique, je n’ai pas à sourire et à me taire, je n’ai pas à faire l’autruche.

Je me méfie des explications simplistes. Souvent, je constate que plus c’est simpliste et manichéen, plus c’est éloigné de la vérité.

Je n’ai pas de solution à apporter : je ressentais un besoin de m’exprimer par rapport à ce que je traverse, je l’ai fait. Tant pis si ce n’est pas très clair. Tant pis si ça part dans tous les sens. Tant pis s’il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec ce que j’ai écrit. Il y aura toujours des gens pas d’accord. C’est ce qui fait la richesse et les conflits du monde. Pas de lumière sans ombre.

Suis-je la seule à éprouver ce désarroi ? Suis-je la seule à ne pas tout comprendre ?
Je ne pense pas.
Suis-je la seule à ne pas choisir la violence pour exprimer mon désarroi ?
Non, et heureusement.
De mon point de vue, la violence quelle qu’elle soit, n’est pas justifiable.
Et la violence du monde me désempare.

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