Soirée de rassemblement « la culture contre le FN » : ça avait pourtant si bien commencé…

Cet article ne traite pas de mes actualités pour une fois, mais il est en rapport avec le climat politique actuel en France, et fait part d’une grande déception que j’ai vécue hier soir, alors que je m’étais rendue à une soirée de rassemblement contre le Front National, organisé à la Philharmonie de Paris.
J’ai à l’origine écrit ce texte sur mon compte Facebook privé, mais je ressens le besoin de le mettre ici également. Ce texte est un témoignage, mais parle aussi de mon ressenti et de mes questionnements. J’estime qu’il est important, au moins pour moi, de le partager. Alors le voici.

 

StopFN

 

Cette soirée avait pourtant si bien commencé.

Hier soir, je me suis rendue à la Philharmonie de Paris pour un rassemblement appelé « La culture contre le FN » (avec le hashtag tout trouvé : #stopFN7mai).
Une initiative portée par de nombreux syndicats de la culture et des arts.
Nous nous trouvions tous assis dans la grande et belle salle de concerts, tous unis pour une même cause : faire barrage contre le FN en votant pour Emmanuel Macron.

La soirée a été ouverte par un discours du directeur de la Philharmonie, Laurent Bayle.
Un discours d’une furieuse classe, intelligent, rassembleur, digne. J’étais impressionnée, et je me suis dit : « Wouah, si le reste de la soirée est au même niveau, ça promet d’être génial ! »

Les différents représentants des syndicats sont ensuite montés sur scène, et l’une d’entre eux a pris la parole (je ne sais plus son nom, désolée) et c’était très bien. Un discours rassembleur aussi.
Après tout, nous étions tous là, réunis par une même cause, non ? C’est une bonne chose de vouloir mettre l’accent sur la cohésion de groupe.

Et puis… Ça s’est gâté.

Christophe Alévêque est venu sur scène. Bon, je n’ai jamais trop aimé le bonhomme, et ce soir-là encore moins.
Il a commencé à parler de la gauche et la droite, les opposant, railleur, et demandant (de manière moqueuse) s’il y avait des gens de droite dans la salle – et des personnes parmi le public ont appuyé ses propos en huant.
Bravo pour la tolérance messieurs-dames, censée pourtant être une valeur « de gauche » normalement (je me marre).

Alévêque a enchaîné les blagues pas drôles, sexistes (d’ailleurs quelques personnes dans le public ont eu bon ton de le lui faire remarquer, et Alévêque a répliqué bassement) et les attaques gratuites contre Brigitte Macron (« oooouh la cougar ! » Super, c’est niveau CM2 ça).

Devant moi se trouvaient trois personnes – je me demandais ce qu’elles faisaient là d’ailleurs. Il suffisait qu’Alévêque ouvre la bouche pour qu’elles rient grassement – et je n’exagère pas.
Mais ce n’était pas un rire sincère : ça s’entendait que c’était forcé, exagéré, bien pour se faire remarquer. C’était un rire militant ; un rire hargneux ; ces trois personnes détestaient Macron et le faisaient bien savoir, elles le revendiquaient par leur rire à ces très mauvais traits d’humour sexiste et bas du front d’Alévêque.

Et puis, juste après l’intervention d’Alévêque, une vidéo a été projetée.
C’était une animation représentant le corps d’une femme enlevée de sa peau, une « écorchée » comme on peut en voir dans les représentations médicales.
La vidéo disait que, sous notre peau, nous étions tous pareils, faits de la même manière.

La vidéo était intelligente et appelait à l’intelligence.
Après Alévêque qui a craché sur Le Pen et Macron et s’est bien amusé à accentuer les séparations droite/gauche (ce n’était pas une soirée POUR ÇA), cette vidéo qui appelait à la tolérance et au rassemblement faisait du bien à voir.

La vidéo s’est ensuite mise à parler des différences de valeurs fondamentales entre les programmes de Macron et de Le Pen, disant que le programme d’En Marche !, contrairement à celui du FN, prônait la tolérance – et là…
Énormément de gens dans la salle se sont mis à huer. À gueuler, presque comme des primates. De ci de là, dans cette belle salle de la Philharmonie, on entendait des « Arrêtez la vidéo ! », « Macron, tu pues ! », « Macron, t’es qui ? », « Sale banquier ! »

On n’entendait plus le reste de la vidéo, ce que son auteur avait à dire.
Je n’en revenais pas. Beaucoup de colère contenue en moi a refait surface. J’en avais assez. Il n’y avait pas de raison que je ne réplique pas. J’ai gueulé à mon tour, à tous ces gens qui criaient et insultaient Macron : « Ce n’est pas l’endroit pour faire ça ! », « Vous vous croyez tolérants, mais là vous faites preuve d’intolérance ! »
Et à un vieux mec, un peu bourré, qui a crié : « Macron dégage ! », j’ai répliqué (avec quelques autres personnes, heureusement) : « Pourquoi tu es là alors ? », « Tu préfères Le Pen ? »

La vidéo s’est arrêtée. Plusieurs personnes sont parties. La lumière dans la salle s’est éteinte. Un pianiste est monté sur scène et a commencé à jouer et a apaisé la foule en furie – au moins la musique unit, peut-on espérer…
Moi, je me suis mise à pleurer. Je relâchais la pression, je relâchais toute cette colère depuis trop longtemps contenue, je relâchais ce qu’il venait de se passer.

J’étais profondément déçue, à vrai dire.

Nous étions à la Philharmonie, dans une belle salle de concerts, unis par une même cause : voter contre le FN. Nous étions censés représenter la culture. Nous étions censés représenter une même voix.
Et là, des tas de gens ont vu leur instinct tribal, leur instinct grégaire se réveiller, et ont manqué de respect et de décence envers la salle, envers ce rassemblement, envers les personnes qui ont organisé l’événement, envers les artistes qui ont créé cette vidéo qui diffusait un message de paix.

Ce n’était pas le lieu, ce n’était pas le moment de faire ça.

Comme quoi… Les clivages ont souvent lieu au sein d’une même famille. Cette soirée appelait au rassemblement, à l’union, et plein de personnes ont appelé à la division et à la bêtise, dans cette salle de la Philharmonie.

Les élections et le climat tendu dans lequel nous nous trouvons révèlent les parts les moins glorieuses en chacun de nous. Tout dépend de ce que nous en faisons ensuite.
Nous nous affichons, nous affichons le clan auquel nous appartenons. C’est « nous VS les autres, et les autres sont des cons ». Internet accentue beaucoup ça, et parfois pour des choses dérisoires.

Il est en train de se passer une vraie mutation politique. « Droite » et « gauche » ne veulent plus dire grand-chose.
Ce que j’ai vu hier soir… C’était censé représenter la « gauche », la gauche « bien-pensante » qui se targue de « tolérance » mais qui fait preuve de tout le contraire.

Je me sens de plus en plus en rupture avec cette « famille » qui est supposée être la mienne : la culture, les arts, les valeurs dites de gauche.
Si la gauche, c’est ce que j’ai vu hier soir parmi tant de personnes du public, si c’est ça les représentants de la culture (et non, la culture n’est pas l’apanage de la gauche), alors je le dis : je ne souhaite pas faire partie de cette famille.

J’ai finalement quitté la salle de la Philharmonie bien avant que la soirée soit terminée, avec les personnes qui m’accompagnaient ainsi que d’autres gens encore.
Je me sentais terriblement déçue et dégoûtée. J’avais voulu y croire. Croire qu’on était encore capables de se rassembler, capables d’outrepasser notre orgueil, nos griefs et nos revendications pour quelque chose de bien plus grand encore : s’opposer à un parti anti-Républicain, un parti aux valeurs dangereuses et régressives.

Apparemment j’ai un peu trop espéré.
La plupart des gens a simplement envie d’en découdre. Et même ces soit-disant « représentants de la culture ».
Heureusement, il y a des tas de gens bien et tolérants, j’ai eu maintes fois l’occasion de le constater ces derniers temps, mais ce ne sont peut-être pas les gens les plus bruyants.

Il va falloir s’armer, oui, dans les temps à venir, et ce bien après les élections, bien après les législatives. Ça ne fait que commencer, et s’il y a un truc que j’ai fini par comprendre, c’est ça : quoi que Macron fasse, des gens lui taperont sur la gueule.
C’est limite s’il ne s’en est pas plus pris dans la face depuis le début de sa campagne que Le Pen elle-même, c’est dire.

Je ne crois plus en « la gauche » ; je ne crois plus qu’il y ait de gauche ou de droite. Je me forge par moi-même, et je laisse derrière moi ces personnes supposées représenter le même secteur que le mien, celui de la culture et des arts, sans regret, mais avec le cœur serré néanmoins.
Les ruptures les plus difficiles sont celles d’avec sa propre famille…

Cette soirée avait pourtant si bien commencé.

 

Pleurs


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s